Facebook, la vie parfaite

 

Pour célébrer l’anniversaire de Charlotte Dupuis et ses 10 ans sur Facebook, le site propose à cette occasion un album de photos sélectionnées intitulé : « Bon anniversaire Charlotte, vos 10 ans sur Facebook ». Sans filtre, Charlotte Dupuis fait le surtitrage de sa vie, dresse un bilan pour ses 30 ans et livre ses impressions sur les photos qui ont témoigné des grands moments de sa vie.

Personne agaçante et un peu creuse, drôle à ses dépens, elle suscite néanmoins un certain attachement lorsqu’elle évoque ses fragilités. Pour faire face à une existence qui n’est pas celle qu’elle aurait espérée, elle se convainc de la pertinence de sa propre vie au travers du regard des autres et des « likes ». Charlotte Dupuis, est banale et ordinaire mais tout va bien car elle a sur Facebook, une vie parfaite.

L’œuvre n’a a priori rien d’un travail artistique plastique, formellement élaboré. Cependant, la voix off est jouée et les images sont orchestrées. Certaines photos sont singulières et c'est à différents niveaux de lecture qu’il faut envisager Facebook, la vie parfaite. Le projet est une œuvre interactive. Le public consulte la vidéo, mais il est également acteur de la vie de Charlotte Dupuis. Il peut expérimenter et faire vivre l’instrumentum du projet directement sur Facebook, pour faire part de ses commentaires et autres « likes ».

 

Facebook, la vie parfaite est une fabula moderne, une fable véritable tout aussi mensongère. Le spectateur se heurte au degré zéro de l’inintéressant surtitré de formules toutes faites, plates et creuses, mille fois entendues dans les films ou les publicités et fourvoyées comme : "c'est le plus beau jour de ma vie" ou "c'est que du bonheur". 

Le spectateur est néanmoins captivé, que ce soit pour satisfaire une certaine méchanceté dans la moquerie, éprouver de la pitié ou de la condescendance. Il trouve dans ce film l'occasion de se positionner par rapport à Charlotte en se confortent dans sa vie normale, meilleure ou atypique au travers du jeu de voyeurs-vus.

Ce travail questionne le rapport au mensonge qui s’établit à différents niveaux. Le mensonge joue avec le public qui reçoit l’œuvre et se perd face au milieu d’images détournées de l’histoire personnelle de l’auteure de l’œuvre et de celles créées de toutes pièces. Les images sont manipulées, détournées et il en est tiré ce que nous souhaitons en dire.

 

 

∫ Vous aussi soyez ami avec Charlotte ! ∫

Sur une plus grande échelle, l’interrogation se porte sur notre acception à fabriquer l’histoire. La grande Histoire est élaborée à partir d’histoires individuelles et personnelles qui, cousues les unes aux autres ont contribué à créer un patrimoine historique commun, ou une société.
Enfin, indépendamment du mensonge pour les autres, Facebook, la vie parfaite confronte la question du mensonge à soi-même. En se persuadant qu’elle a une vie parfaite et rassurante de normalité, Charlotte Dupuis laissera pour la postérité des images fixes et racontées. À qui s’adressent ces images ? Autant pour elle que pour les autres semble-t-il. Charlotte Dupuis n’innove pas. Elle ne fait pas mieux ni pire que reproduire les albums souriants qu’elle a toujours connus et qui dissimulent les drames familiaux. À chaque fois que le vernis s’écaille, Charlotte Dupuis relativise immédiatement ce qui pourrait la troubler ou l’affecter et elle lisse le tout d’une surcouche de « likes » en continuant comme si de rien n’était. 

Année de production : 2016

Durée : 10'30 min

Fanny Bastien contact[@]fannybastien.fr ​© 2019 / Tous droits réservés / Paris (fr) 

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